Histoire, patrimoine

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La naissance de Plougasnou 

Sources 

Plougasnou son histoire, son patrimoine. Louis Le Guennec
Edité par la Section Patrimoine du Foyer Rural de Plougasnou

Hier Plougasnou. Jean Quinquis

L'agglomération de Plougasnou fut sans doute fondée de 514 à 525, lors de la grande émigration des Domnonéens insulaires qui, chassés de leur patrie d'origine, la Grande-Bretagne, par les incessantes attaques des pirates danois et saxons, traversèrent la mer pour venir s'établir sur les rivages de l'Armorique, et imposèrent le nom de Domnonée à la région continentale où ils s'installèrent, du Couesnon à l'Elorn. 

Les populations bretonnes qui fuyaient leur île envahie, s'embarquaient par clans entiers, emmenant avec eux leurs prêtres, leurs moines, les reliques de leurs Saints, pour venir en Armorique, alors dépeuplée, couverte de forêts, vide d'habitants sur les côtes depuis les ravages des Alains et des Saxons au Ve siècle. Dans cette contrée déserte s'installa tranquillement, sous l'autorité du machtyern qui la conduisait, sous la direction religieuse des moines et prêtres qui l'avaient suivie, la nouvelle forme du plou armoricain. 

On peut supposer que Plougasnou a pris le nom du machtyern ou chef qui fut son fondateur (Plou-Cathnou, c'est-à-dire la peuplade de Cathnou). Ce nom est réellement celtique, car on le retrouve porté par l'un des abbés de Landévennec, cinquième successeur de Saint Guénolé. 

Après avoir fondé un vaste plou sur le littoral, Cathnou remonta la vieille voie pavée qui reliait le camp romain ruiné de Primel à l'intérieur de la région et ne s'arrêta qu'au pied des montagnes d'Arrée. 

Le plus ancien document historique où apparaît le nom de Plougasnou est la Charte de donation de cette paroisse par la Duchesse Berthe de Bretagne et de son fils Conan, à l'abbaye Saint-Georges de Rennes en 1039. Cette charte indique la physionomie du pays à cette époque : prairies; bois, dont une partie était inculte et sauvage, couvraient la paroisse. Une partie de ces bois devait encore exister au commencement du XVIIe siècle, car les anciens comptes de fabrique font mention de fortes primes accordées par la paroisse aux veneurs des châtelains d'alentour lorsqu'ils réussissaient à détruire un des loups qui jetaient la crainte dans la région. 

Par la réformation de 1543, les noms des manoirs étaient classés par fréries. Autrefois, la paroisse de Plougasnou comptait seize fréries : Guicaznou, Trégastel, Tréménec, Kermorfézen, Perros, Térennez, Kerbabu, Kermadeza, Kersaint, Kerdenoy, Kermouster, Mériadec, Kervron, Donnant, Quenquizou, Tréhenvel. Les cinq dernières composent, depuis 1790, la commune de Saint-Jean du Doigt. 

La réformation de 1543 énumère l'incroyable quantité de maisons nobles que contenait la paroisse (au moins 170), et on y voit un fidèle tableau de la noblesse bretonne au XVIe siècle. 
 

Primel-Trégastel, une position stratégique à travers les siècles

Du sommet du grand rocher on domine la mer de près de cinquante mètres. Cette pointe granitique se trouve détachée de la presqu'île par "le Gouffre", couloir de 8 à 10 mètres de large dont les roches les plus tendres ont été érodées par la montée des eaux, il y a 10 000 ans. La presqu'île qui relie la pointe au continent est due à la rencontre de deux courants, dont l'accumulation des dépôts, a formé sur une longueur de 35 mètres ce que les géologues nomment une queue de comète. Cette disposition du site a incité les hommes à y trouver un moyen de se protéger et de se défendre derrière les lignes de granit renforcées par des empilements de pierres et constituer ainsi un éperon barré. Au cours des siècles, la position stratégique de la pointe de Primel a été disputée par de nombreux belligérants. Les Vikings y ont pris pied dans les années 800 à 900. Les Anglais s'y sont installés pendant la guerre de cent ans, et même après, comme tremplin pour l'invasion du continent. Vers 1490, les Morlaisiens aménagent le site en poste de vigie pour la surveillance du trafic maritime. Pendant les guerres de la Ligue, les Espagnols, alliés des Ligueurs, en font une place forte. Sous Louis XIV, Vauban y place une batterie de deux canons en complément du renforcement du fort du Château du Taureau qu'il vient de réaménager. Plus tard, Napoléon 1er décrète le blocus continental et fait construire la "Cabane des Douaniers " pour surveiller les parages. 

Le doigt de Saint Jean Baptiste

Evénement important dans les annales de Plougasnou : la translation du Doigt de Saint Jean Baptiste, vers 1420, dans une petite chapelle dédiée à Saint Mériadec. En effet un pieux soldat breton, si dévot à la Relique conservée alors dans une église de Normandie, qu'elle ne voulut plus le quitter et qu'elle l'accompagna en Bretagne à son insu ! Cette Relique créa à Saint-Jean un foyer de dévotion et attira des multitudes de pèlerins espérant voir guérir leurs maladies des yeux et autres infirmités. En 1505, miracle à l'occasion du voyage d'Anne de Bretagne. Elle a l'intention de se faire apporter la Relique de Saint Jean à Morlaix pour l'appliquer sur son œil malade. Le clergé du pays s'est rassemblé pour escorter le Saint Doigt, mais à peine sorti du cimetière le reliquaire éprouve une forte secousse… après ouverture de celui-ci on constata qu'il n'y était plus… Il était retourné dans l'église. A cette nouvelle, la reine Anne se rendit à Saint-Jean et se fit appliquer le doigt sur son œil, enflé par une "défluxion" qui disparut instantanément. Elle témoigna sa reconnaissance en faisant à l'église une princière offrande et en donnant des ordres pour son achèvement. 

Trois siècles plus tard, la modeste chapelle s'était transformée en une belle et monumentale église. Elle continuait néanmoins de dépendre de la paroisse de Plougasnou. En 1784, les habitant de Saint-Jean se réunirent pour nommer un corps politique et finalement, un arrêt de la Cour en date du 18 juin 1790, leur donna raison et Saint-Jean fut érigée en commune.

L'église Saint Pierre de Plougasnou

Depuis 1857, l'église de Plougasnou a subi de grands changements, toute l'aile gauche et le haut de l'aile droite ont été refaites. La façade sud de l'église offre un aspect monumental, avec son haut et robuste clocher de granit, étayé de solides contreforts pour résister aux grands vents qui soufflent de la mer toute proche. Ses pignons de fenêtre ornementés, son joli porche de la Renaissance, le porche latéral est surmonté d'un clocheton et accosté de deux contreforts surmontés de clochetons semblables et muni de loges à statues. La date de 1616 se lit sur celui de gauche. Au milieu du fronton se voit, dans une niche renaissance, une statue de Saint Pierre, patron de la paroisse et de l'église. La porte intérieure est décorée de deux jolies colonnes cannelées soutenant un fronton triangulaire au milieu duquel émerge à mi-corps le buste d'un personnage portant fraise et bonnet à bords retroussés. Au dessus, dans une petite niche se trouve une Pietà en pierre. 

Le portail situé au bas du clocher est surmonté d'un écusson entouré du collier de Saint-Michel et de deux autres plus petits. Le porche est voûté en pierre avec une clef feuillagée et une corniche. Deux jolies colonnes à fût renflé et à chapiteaux d'un style corinthien encadrent la porte en soutenant un fronton triangulaire. Le porche porte à l'intérieur le nom de l'architecte du clocher : Maître Jean Taillanter, le 8 octobre 1582. Depuis le porche latéral jusqu'au fond de l'église : trois arcades romanes du XIe siècle, séparant le bas-côté de la nef, c'est la partie la plus ancienne de l'église. Le retable du maître-autel provient de l'église de Saint-Matthieu de Morlaix (1713). C'est une œuvre de la Renaissance, formée de trois tourelles ajourées. Le chœur de l'église doit remonter au Xve siècle. Le bas-côté gauche a été refait dans la deuxième moitié du XIXe et ne contient plus qu'un autel, celui du rosaire, exécuté en 1667 et 1668. 

On a déplacé la chapelle du Sacre au nouveau cimetière dans les toutes dernières années du XIXe. Construite à la fin du XVIe siècle dans le cimetière paroissial, elle servait de reposoir au Saint-Sacrement lors des processions. 

 

Allée menant à la sacristie sur le placitre

 

L'Oratoire de Notre-Dame de Lorette

L'Oratoire de Notre-Dame de Lorette est situé à l'est du bourg. On y voyait trois statues, une belle Vierge Marie, un saint prêtre et une statue de bois mutilée. Cet oratoire fut bâti en 1611 par Jeanne de Keredan. Autrefois, les jeunes filles offraient leurs cheveux à Notre-Dame de Lorette pour obtenir la grâce de trouver de bons maris.

L'oratoire Notre Dame de Lorette est implanté le long du chemin reliant le bourg de Plougasnou à celui de Saint-Jean du Doigt. 
 
A l'époque de sa construction ( 1610 - 1611 ), situé en plein champ, sur le haut du coteau Sud de la rivière de Saint-Jean du Doigt, il était visible de loin.

Ce petit édifice de 3,15 m sur 4,20 m a été édifié sur un plan rectangulaire axé rigoureusement Est-Ouest au commencement du 17ème siècle. Sa hauteur est de 5 mètres environ. Il est construit en pierres de granite appareillées de la base au sommet.

L'une de ses particularités est d'être couvert par une voûte en pierre dont la forme ressemble à celle des tombeaux lyciens.

Les quatres façades du bâtiment sont remarquables et ont été conçues et édifiées pour mettre en valeur l'entablement et la frise avec ses inscriptions lisibles à partir des piédroits Ouest.
Façade Ouest : Ouverte par un arc en plein cintre dont la clé supporte une tête sculptée, surmontée d'un antéfixe.
Façade Sud : Deux statues, une caryatide et un telamon, encadrent une ouverture axiale rectangulaire. Elles reposent sur le soubassement de l'édifice et supportent l'entablement. A droite de la caryatide, un trumeau plein est orné de l'écusson portant les armoiries qui seraient celles des Le Floc'h de Kerbasquiou et des Tromelin du Merdy.
Façade Est : C'est un mur qui monte de fond, du sol jusqu'à la clé de voûte. Il sert de support depuis le dessus de l'entablement aux différentes assises des pierres des voûtes Nord et Sud. Il est ajouré d'une partie ovale qui est le motif principal de décoration de ce mur. A noter une saillie de 5 cm sur le mur du parement de l'entablement Sud, qui porte le nom de Loreto.
Façade Nord : Elle est similaire à la façade Sud et les supports de l'entablement sont des piles sans ornement. La frise est dépourvue d'inscriptions.

La construction de l'édifice semble avoir été décidée par Anne de Kredan, dame douairière de Kerestan, en l'honneur de Dieu et de Notre Dame de Loreto.
Loreto, en Italie, est le lieu où a été édifiée une basilique qui abrite le Santa Casa où l'on vénère la maison où ont vécu Marie et Joseph. C'est devenu un lieu de pèlerinage important. 

Par un acte du 9 mai 1661, Louis XIV renouvela la volonté de Louis XIII de protéger les sanctuaires marials et en particulier celui de Loreto. Aujourd'hui, l'ambassade de France entretient à Loreto une chapelle et aide une fondation.

 

Le chemin de fer : La ligne Morlaix - Plougasnou - Primel

Dès la fin du siècle dernier, un ensemble de lignes de chemins de fer départementaux fut envisagé. En 1893, le premier train des Chemins de Fer Départementaux du Finistère circulait sur la ligne Brest Saint-Renan. La mise en service du réseau CFA (Chemin de Fer Armoricain) intervenait beaucoup plus tard et la ligne Morlaix - Primel n'était officiellement ouverte que le 1er mai 1912. Le train partait de la gare à Morlaix, longeait le quai de Tréguier, passait à la gare de marchandises du Styvel (face à la manufacture des tabacs), longeait tout le cours Beaumont. Plusieurs arrêts étaient prévus en route, passant par la maison de Paille (gare de Ploujean), le Dossen, enjambant le pont du Dourduff. La gare du Dourduff, située côté Plouézoc'h à la sortie du pont était le prélude à la difficile côte qui suivait et que le tortillard avait bien du mal à grimper. 

En 1913, dès la première année de mise en circulation, il y avait trois départs de Morlaix et trois départs de Primel. 

Le train mettait une heure et vingt trois minutes pour faire ce trajet ! En 1930, le train avait gagné un peu de temps, il ne mettait plus que une heure dix à une heure quinze… 

Dès 1934, la ligne étant déficitaire, les rails étaient déposés. Elle n'avait vécu que vingt deux ans.

 

Plougasnou dans la guerre

Plougasnou, ville Médaille de la Résistance - Décret du 31/03/1947 - JO du 23/12/1948.

Les autres villes Médaillées de la Résistance Française : Bethincourt - Brest - Caen - Caniac-du-Causse - La Chapelle en Vercors - Lyon - Marsoullas - Meximieux - Montceau-les-Mines - Nantua - Territoire de Nouvelle Calédonie - Oyonnax - Saint-Nizier-du-Moucherotte - Ile de Sein - Tavaux - Terrou - Thones.

Plougasnou se place parmi les premières communes bretonnes ayant répondu à l'appel du Général De Gaulle. 

Le 19 juin 1940 à 9h45, les troupes allemandes entrent à Morlaix et des patrouilles blindées sillonnent la région. Le même jour à 16 heures, un bateau de pêche, " l'Oiseau des tempêtes " piloté par ses patrons quitte le port de Primel-Plougasnou pour l'Angleterre avec huit passagers à bord. 

Dans les semaines qui suivent de nombreux autres bateaux feront de même. Certains effectueront plusieurs voyages tel le " Primel " qui transportera à lui seul 230 volontaires. C'est plus de 350 patriotes qui quitteront Plougasnou pour rejoindre le Général De Gaulle à Londres. 

Alors que les Allemands surveillent étroitement la côte, le 5 juin 1942 à 23 heures, la " Yolande " un slop de 6 mètres s'échappe avec à son bord 3 passagers dont 2 jeunes de 15 ans1/2 et 16 ans. Ils seront reçus le 20 juin 1942 par le Général De Gaulle au Carlton Garden. 
Au fil des mois, les installations allemandes se multiplient en batteries de D.C.A. et blockhaus du mur de l'Atlantique. L'armée quadrille aussi bien l'intérieur que les moindres recoins de la côte. Dans ces conditions, le recrutement et la formation du maquis s'avèrent excessivement difficiles. 

Huit résistants arrêtés sur dénonciation seront fusillés le 4 et 6 juillet 1944 après avoir été effroyablement torturés pendant 4 jours. Le traître condamné à mort le 21 septembre 1945 sera fusillé le 7 novembre 1945. 

Les premiers éléments plouganistes rejoignent le maquis de Plourin et se constituent en section autonome, comprenant 37 hommes. Le 3 août, ils participent à la réception de 12 parachutistes. Le lendemain, c'est l'attaque de deux voitures allemandes. Bilan : 4 allemands tués, 2 grièvement blessés et 2 prisonniers. La section déplore la mort d'un homme. 

Le 5 août 1944, un groupe de F.F.I. fort de 80 hommes entre dans Plougasnou pavoisé. Une trentaine de soldats se trouvent encore retranchés dans leur blockhaus de la côte. Les assiégés réussissent à prendre contact avec une colonne ennemie forte de 200 hommes et puissamment armée. Celle-ci se porte à leur secours et exige 30 otages dans la population civile en menaçant de détruire le bourg en cas de résistance. Les otages réussissent à s'échapper et la colonne ennemie sera anéantie près de Plouigneau. 11 Allemands seront tués et 30 fait prisonniers. La section comptera 2 tués et 2 blessés graves. 

Le 27 août, la section se porte volontaire pour les combats de la poche du Conquet où elle fera 39 prisonniers. Elle s'empare, en même temps que les Américains, de la grosse batterie de Lezingard, puis prend une part active aux combats des rues de Brest. Le 1er octobre, elle se rend sur le front de Lorient. Le 1er février 1945, elle rejoint le front de Saint-Nazaire. Le 5 mai, retour à Lorient où elle est chargée de l'acheminement des prisonniers. 

Le monument érigé sur un rocher du port de Primel, en hommage aux premiers bretons qui ont pris la mer pour gagner la côte anglaise et reprendre le combat, porte les noms des 297 patriotes qui ne sont pas revenus. 

Pour sa part, la commune de Plougasnou a vu partir 50 de ses enfants dont 20 ne devaient pas revenir.

 

Site des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation :  http://afmd.asso.fr/

Travail du collège en 2016 sur Plougasnou Ville Médaillée de la Résistance : http://goo.gl/cPnDxt

 

Gildas Lebeurier - Un centurion s'en est allé

Gildas Lebeurier, enfant à Plougasnou, s'est éteint le 3 juin 2017 à 92 ans.

Document famille Lebeurier.

Alors âgé de 17 ans, il avait rejoint la Résistance et, déjà talentueux soldat, était devenu le chef militaire du maquis de Saint-Laurent puis participera à la libération de Morlaix et de la poche de Lorient en 1945. Blessé à deux reprises, il y reçut ses deux premières citations. Dès 1945, il commença une carrière de parachutiste où il s'illustra notamment en Indochine, puis au sein du Bataillon de Corée et en Algérie. Capitaine en 1956, il participera à l'expédition de Suez au sein du 2ème RPC où il se distingua en enlevant la caserne des fédayins.

Chef de guerre exceptionnel, il fut promu Commandeur de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1959 et rejoindra le 1er Bataillon de Choc à Calvi pour y diriger les nageurs de combat. En 2003, ce grand serviteur de la France fut élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'Honneur.

Ses obsèques ont été célébrées en la Basilique de Saint Martin de Boscherville. Les honneurs militaires lui ont été rendus par un détachement de bérets rouges en armes, et la représentation locale de l'Union Nationale des Parachutistes ainsi que le drapeau UNP du Trégor présent à la cérémonie pour lui rendre hommage. Plougasnou, commune Médaillée de la Résistance n'avait point oublié son libérateur en le fleurissant.

Pour plus d'informations, aller sur le site www.unp-finistere.com

 

Inventaire du patrimoine 

Inventaire du patrimoine (pdf -1,57 Mo)

Complément inventaire du patrimoine (pdf -6,99 Mo)

Pour l'inventaire du patrimoine, toute information complémentaire permettant d'enrichir cette base de travail intéresse les services municipaux concernés. N'hésitez pas à nous faire part de vos connaissances. Merci d'avance.

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Témoignage dactylographié du Docteur LE JANNE Commandant Régional des Forces Françaises Combattantes      Morlaix le  19 mars 1946

Le 11 octobre 1939, Monsieur Hubert PINATON a dix-huit ans, il s’engage pour la durée de la guerre au 3ème R.A.C. Il part volontaire à la 607ème Batterie anti-char Coloniale. Il fait la campagne de Belgique /Sedan, Stenay, Margut, La Ferté, Rethel. Il est blessé et cité le 14 juin 1940 à la cote 304, fait prisonnier à Remiremont (Vosges), après avoir vécu un mois dans des conditions infernales, dans le camp de Bains-les-Bains, il est dirigé sur l’Allemagne le 3 août 1940. Là, après avoir travaillé dans les mines de charbon, usines, fermes d’Etat, etc. … fait deux mois de cellule et plusieurs mois de compagnie disciplinaire, il est envoyé en Ukraine pour refus de travail, sabotage, tentative d’évasion, etc. …  Après avoir souffert de la faim, du froid (-40°) il s’évadait déguisé en officier Allemand, le 1er mai 1943 et arrivait le 6 mai au soir en France.

Il rentre aussitôt en rapport avec la Résistance active : le 13 février 1944, il est arrêté au cours d’une mission à Plestin les Grèves (Côtes du Nord), il s’évade le lendemain en plein jour, après avoir essuyé des rafales de mitraillettes à bout portant.

Le 12 mars 1944, Il a mission d’abattre le traitre Grainzevelle Maurice, il le descend 48 heures après, en plein milieu de la défense allemande.

Le 4 juin 1944, il rentre au Maquis comme Adjoint au Commandant. Il participe à plusieurs attaques de convois, à de nombreuses missions de sabotage et de parachutages d’armes.

Le 5 juillet, revenant de mission, il est surpris et blessé lors d’une rencontre avec les boches, mais du côté de ceux-ci, plusieurs tombent sous le feu de son pistolet-mitrailleur.

Le 5 août 1944, comme chef de commando, il a mission de libérer le nord de Morlaix, au cours d’une première rencontre avec l’ennemi au Boulva en St Jean du Doigt (Finistère). Deux voitures allemandes sont détruites, leurs occupants, deux officiers et trois sous-officiers sont tués, quatre autres sous-officiers blessés sont fait prisonniers, dans son commando il y a un tué et deux blessés.

Le 6 août au matin, il rentre dans Plougasnou, après avoir reçu deux sections de renfort. Après quelques brefs combats, il fait 29 prisonniers dont deux officiers et leur prend un important matériel (armes, équipements, munitions, voitures, pièces d’artillerie). L’après-midi  on lui demande du renfort pour Le Ponthou et Lanmeur. Il envoie deux sections. Il envoie un parlementaire à Trégastel tenu par une centaine de Russes Blancs, retranchés dans des casemates puissamment fortifiées afin de leur demander leur reddition.

Au bout de plusieurs heures, ne le voyant pas revenir, il part à son tour, et, après avoir parlementé, il réussit à le libérer, ainsi qu’une dizaine de paysans avec leurs voitures que les russes détenaient depuis plusieurs jours. Lui promettent de se rendre le lendemain à midi.

Le 7 août au soir, une colonne forte de 700 hommes, 120 voitures hippomobiles et d’artillerie avancent sur Plougasnou. Le lendemain matin, un combat à l’entrée du bourg. Les Allemands ont 11 tués et une dizaine de blessés, lui a 4 blessés dont deux graves. Voyant que son effectif et son matériel (80 hommes) avec armes individuelles, et une section de grenadiers ne sont pas suffisants pour leur faire face. Il se rend à nouveau dans les casemates pour exiger leur reddition dans le but d’avoir leur matériel qui leur permettra d’armer un nombre important de volontaires, afin d’empêcher à tout prix l’entrée des Allemands dans le bourg.

Pendant ce temps, le bruit court parmi les hommes qu’il vient d’être tué par les Allemands à Trégastel. Un parlementaire de la colonne allemande se présente aux avant-postes et réclame les prisonniers. Il ne donne qu’un quart d’heure ou Plougasnou subira les feux d’artillerie.

Les prisonniers rendus, il exige la reddition de tous les résistants. Le chef n’étant pas là,   son adjoint donne l‘ordre de repli. Hubert arrive à Plougasnou n’ayant rien obtenu (car les Allemands correspondaient entre eux (radio). Quand le dernier groupe de combat se repliait, il leur donna l’ordre de rejoindre Kermouster où il les retrouve après avoir camouflé seul des mitrailleuses lourdes et des munitions. Peu de temps après, il apprend que les Allemands vont fusiller 50 otages et mettre le feu au bourg, sanctions prises contre les habitants pour avoir prêté main forte aux résistants.

Donnant le commandement de la troupe à son adjoint, il part avec un morceau de parachute blanc pour essayer de sauver les otages. Arrivé aux-avant-postes allemands, il leur demande de lui indiquer le PC.

Devant l’église, il voit une cinquantaine de civils alignés face au mur les mains sur la tête      et les mitraillettes braquées sur eux. Il arrive au P.C. chez le Docteur Leroux, il se présente aux officiers Allemands comme lieutenant gaulliste parachutiste. Les Allemands sourient    à la déclaration et l’un deux lui dit : « terroriste ».  Je suis soldat et non un terroriste, répondit-il. L’Allemand lui désigne du doigt sur la table une mitraillette et quelques brassards et lui dit : « qu’est-ce-que cela alors « ?   Trouvez-vous normal  que des terroristes tirent sur nous, et quand nous voulons réagir, nous ne trouvons que des civils, car les armes et les brassards sont vite disparus, alors nous prenons cinquante civils, et nous les fusillons. C’est normal ».

«Mais répond Hubert, les hommes qui se trouvaient à Plougasnou étaient des soldats ». Pourquoi étaient-ils en civils ?

«  Ces hommes  étaient mobilisés depuis plus de six mois ». J’ai été parachuté avec armes et uniformes, mais nous n’avons pas retrouvé les uniformes, comme j’avais une mission à accomplir, je devais la faire avec ou sans uniforme. Si vous aviez été à ma place, vous auriez fait de même.

L’allemand lui demande alors : « Pourquoi êtes-vous venu nous trouver ? » … » Pour vous dire que si vous fusillez un otage, si vous pillez ou brulez le bourg, pas un Allemand n’échappera. Je vous demande de vous rendre immédiatement et sans condition … car les chars américains attendent votre réponse pour intervenir, si celle-ci n’est pas satisfaisante.

A ces mots, l’officier Allemand ordonne de le désarmer, on lui enlève son pistolet, grenades, poignard et on l’enferme dans la cuisine de la villa avec une sentinelle.

Au bout d’heure demi-heure, la porte s’ouvre et il voit son interrogateur lui tendre la main et lui dire : « Nous sommes obligés de reconnaître que vous êtes un soldat, car si vous aviez été le chef des terroristes, jamais vous n’auriez eu le courage de venir jusqu’à nous, et nous allons nous rendre aux Américains. Nous partirons trois officiers et vous sans armes, mais auparavant, nous devons aller voir le Commandant de la colonne qui est à Trégastel.

Puis les Allemands passent dans une pièce voisine et le laisse sous la garde d’un sous-officier Autrichien (ex-prisonnier rendu le matin) qui lui recommande de ne pas se rendre à Trégastel ou il trouvera la mort, car le camp est commandé par un commandant SS.  Hubert lui demande aussitôt de partir avec lui, mais l’Autrichien lui fait voir à travers la fenêtre, la rue et la place remplies de soldats.  En haussant les épaules, mais Hubert s’empare du morceau de parachute resté là, ouvre la porte et prenant le bras de son gardien, ils sortent tous les deux dans la rue, la rue, la place sont remplies de soldats, de voitures. Les otages sont toujours alignés face contre le mur de l’église, une pièce d’artillerie est en batterie au  carrefour. Ils se fraient un passage parmi tout ce monde criant : « La guerre est finie, les Américains sont là ». Il arrive aux avant-postes allemands, on le laisse passer.

 Aussitôt Hubert  et l’Autrichien fuient à travers champs. Il est temps, car les boches se lancent à leur poursuite en tirant des rafales de mitrailleuses et de mitraillettes et ce n’est que par miracle qu’ils ont la vie sauve. Récupérant un vélo, il installa l’adjudant Allemand sur le cadre et lui … pédalait. C’était incroyable de voir deux ennemis fuyant sur le même vélo, lui en kaki et l’autre en vert.

Quelques heures après, les Allemands évacuent le bourg, intact, sans faire de mal à personne.   Le lendemain, ils sont complètement décimés à Plouigneau, où il participe au combat avec  ses hommes.

 

Monsieur PINATON Hubert a été un des plus braves officiers des maquis du nord Finistère, et sa campagne dans la région nord-ouest de Morlaix, ses fuites furent d’une audace inimaginable, se rendant à plusieurs reprises auprès des Allemands … pour parlementer alors que sa situation de patriote découverte, il aurait été fusillé et il a sauvé Plougasnou  du feu et sang, il fut dans l’action l’Officier le plus brave et le plus loyal que j’ai connu dans cette guerre de partisan. -

Le 19 mars 1946

Signé :                              Docteur LE JANNE       (Ex Commandant NOËL)      

Commandant Régional des Forces Françaises Combattantes de l’Intérieur.-

 

Nota :

Sur le document original  daté de 1946 des phrases et des mots sont dactylographiés en MAJUSCULE  et soulignés, sur cette copie et pour en faciliter la lecture, ils ont été portés en gras et seules quelques ponctuations ont été apportées.

 

Coordonnées

Mairie de Plougasnou
22 rue de Primel
29630 PLOUGASNOU

tél. 02 98 67 30 06
fax: 02 98 67 82 79
contact[@]plougasnou.fr

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La mairie est ouverte du lundi au vendredi de 9h00 à 12h00 et de 13h30 à 17h30

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